Court toujours
Venir d’hier
Tu te souviens, c’était ce jour-là, dense comme jamais, nous étions, nous étions, à vrai dire, je ne suis pas certain du moment, précisément, la journée d’avant, ou celle d’après, un instant furtif plutôt, sans âge, une sensation, je ne sais plus, c’était dans cette ville, à l’étranger, ou dans le quartier, à deux ou trois pas, tout près, dans la pénombre de cette chambre peut-être, je ne vois plus, mais il y avait ces évènements tu sais, tout le monde en parlait, ou alors rien ne se passait et il y avait peu à dire, je crois me rappeler de ces gens qui flottaient ça et là, ils n’étaient pas trempés sous la pluie ou le soleil, à courir ou marcher, ils levaient haut les bras pour sentir le vent de leurs mains, ou les yeux fermés, attendaient pour bouger, et nous étions, tu sais, par là sûrement, avec ou sans les autres, nos idées se bousculaient furieusement, comme un renouveau, fracassant, ou bien la tristesse et la misère se posaient sur tout, comment savoir, dans les parcs, les fleurs nouvelles servaient leurs tons vifs aux visages de passage, mais si jamais l’automne avait été là, leurs pétales seraient déjà à terre, oubliés, je mélange un peu, ça me paraît clair, c’était comme si parfois tout allait dans le bon sens mais retombait de mille cendres juste après, certains disaient que c’était mieux ainsi, je ne suis pas sûr d’avoir tout retenu, et ceux qui tendaient l’oreille dansaient sur des musiques lentes ou se perdaient à penser longuement sous les bruits du silence, tu vois, la vie coulait brave, douce, rugueuse comme du papier de verre, peut-être qu’aux pieds des grands bâtiments, presque construits ou démolis, quelques sauvages mesuraient le son des machines, je ne sais pas, alors que des enfants, museaux décousus, étendard à la main, bataillaient sans doute à réveiller nos élans perdus, et ailleurs, dans les recoins des heures filantes, pendant que les nuages tombaient par rafales et que les océans crachaient sur les dunes, les lumières savantes lançaient nos prochains récits modestes, tu vois, c’est peut-être ça. Pour tout te dire, je ne me souviens pas vraiment, je ne me souviens de rien.
Traits gradués, très précis. Il a du battre son plein pour faire de la place. Plaindre le bas, pacifier le fer, à gauche, à droite, pour essayer. Yann Febvre a un bleu. C’est pour les fuites, les écroulements, les perles et les débits. Parce qu’on dit que le bleu. Cru il croit. Mais d’autres racontent qu’il a utilisé le doute de la mémoire pour combler l’histoire 4 x 5. Va savoir. Dernièrement on l’a vu en forme mais on ignore laquelle.
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Texte : Yann Febvre — Image : d’après Edward Bliss Foote, Plain Home Talk About the Human System—the Habits of Men and Women—the Cause and Prevention of Disease—Our Sexual Relations and Social Natures, 1896, Murray Hill Publishing Company. The Library of Congress.
11/2025







