L’entrevue qui déchire

Petite histoire achevée d’un carré de porc, là-bas, un vendredi 19

Barres parallèles, hippopotame, séparation des os, voltige, force majeure, roulettes et vis… Le long de douze questions, Caroline Pandelé se raconte. L’entrevue qui déchire, première. Papier carbone !

Magazine Aléatoire — Comment t’appelles-tu et pourquoi, que fais-tu de ta vie et comment ?

Caroline Pandelé — Je ne m’appelle pas, je ne peux pas m’appeler toute seule !
Je joue à saute-mouton, saut après saut, m’élève, retombe, me relève. Barres parallèles, un saut, jambes alignées et hop, m’accroche, genoux serrés, tournicote, tête en l’air, voltige, un blason cousu sur ma poitrine. Le tout sans nicotine.

De quoi te sens-tu coupable et capable ?

Avoir perdu un double. Je vois la feuille de papier carbone, elle est là quelque part dans le tiroir. Bleutée, fanée. Oh ! 4 roulettes, dos à dos, face à face. À venir, 8 roulettes soit 32 vis et plus encore. Diamètre 4–20 mm, tête cruciforme Z2. Camouflage et lissage. C’est bien comme ça.

Si tu devais changer d’enveloppe charnelle, tu ressemblerais à quoi ?

Un hippopotame dans une mare de boue.

Ça te fait mal quand tu respires ?

Parfois. Souvent.

Parmi les évolutions à venir chez l’homme, tu préfères pouvoir respirer par les doigts ou mâcher du chewing-gum avec les oreilles ?

10 petits poumons au bout des doigts, plus un, c’est pas mal, c’est tendre et tout doux. Le chewing-gum, trop collant, c’est étouffant.

Tu te casses les deux bras… quel est ton livre de chevet ?

Aucun. La bibliothèque rose. Le disciple.

Entre la politique qui serait une imposture et la religion une pathologie, quel camp choisis-tu et organises-tu un barbecue ?

La multiplication des pains, la séparation des os ! Crac !
Le barbecue c’est pénible, démonstration d’hormones. La progestérone concourt, joue sa vie, fait semblant. Sortir sa plus grosse pince, prouver, se prouver surtout. Rien d’essentiel. Quoi qu’on n’en sait rien. On s’en fiche d’ailleurs. Elle cherche, renifle du mouchoir plein de sa virilité, stupidité c’est certain. La morve, elle, elle coule et c’est vraiment dégueu.
Sauf un ! 1 mètre soixante et quelques centimètres. Lors d’anciennes retrouvailles, ce dimanche 29. Regard chaleureux. Délicat, attentionné, efficace, discret, généreux, dans son monde devant le timbre. Travers de porc, saucisses, côtelettes, magret. Fumées. Niveau maintenu à flot, glaçons flottants.
L’exception. Une.

Jacques Lacan, Leonhard Euler, Pierre Bourdieu et bien d’autres ont dit des choses qui paraissent intelligentes, voire essentielles, peux-tu en dire autant ?

Non. Sauf cas de force majeure.

Des institutions, des média, de l’artiste, qui fait l’œuvre de nos jours, selon toi ?

Le regardeur.

Dans ton domaine d’activité, balance ce et ceux que tu ne supportes plus…

Pas le temps, je les évite. Maintenant. Plus simple.

À une question à laquelle tu ne peux répondre que par oui ou non, tu réponds peut-être ?

Je ne réponds pas aux réponses, aux questions. Un principe.

Tu dis merci ?

Tout le temps. Avec plaisir.

Caroline Pandelé convoque, dans le désordre : coïncidences, intimité, fragilités, fragments de vies, mémoire, narrations visuelles, captations photographiques ou sonores… dans l’ordre : une œuvre. L’enveloppe mince de nos existences sensibles. Caroline Pandelé, artiste, vit et travaille.

En savoir plus : www.carolinepandele.com

Entretien : Yann Febvre — Images : Caroline Pandelé.
12/2018