Court toujours

Les aliens, les cormorans et toi

Faire des discours absurdes vers 04.00 du matin
en tentant de dénicher s’il existe encore, en Italie, un vrai romancier
et ne pas sentir vain tout discours ?

La gens humaine est condamnée à l’extinction,
chaque forme de roman, ou d’art, est condamnée à l’extinction,
me restent des images de fades cormorans suédois, l’espérance
en l’existence des aliens, et toi.

Mon style, monstrueux – je me suis contraint à abandonner la rime –
est une tentative de concrétiser une nouvelle langue alienne,
de façon que nos dialogues outrepassent l’espace
ne s’éteignent pas avec la mort de l’homo sapiens sapiens,
que ton sourire d’ambre ne s’éteigne pas après la déflagration importune d’Helios.

Les aliens arriveront à sauver les vers, les miens, homo insipiens,
en battant leur derrière de cormorans suédois, d’albatros français, d’ânes italiens,
ils s’amuseront de nos discours vers 04.00 du matin, de tes sourires,
ils se souviendront de nous, en nous sauvant de l’extinction de masse,
en nous sauvant de la culture de masse, nous aliénés de la contemporanéité.

Les aliens, à la fin, nous comprendront, nous, aliénés de la faim de lauriers,
et la mémoire, comme si nous fussions Grecs par défaut, témoignera d’une vie entière,
et la mémoire ne nous balaiera pas de l’Alzheimer de l’univers.

Ce soir j’écris hermétique,
er metico de la mort,
beaucoup de mes vers n’atteindront jamais âme qui vive.

Je nous confie à la folie d’un philologue alien, d’un allègre démiurge,
démasquées mes fâcheuses plaisanteries de Panurge,
sur un navire spatial guidé par des cohortes de chiens,
nous ressuscités, sans le deus ex machina des anges et sépulcres.

Entre deux anges, vers la fin, en langage alien. « Les aliens, les cormorans et toi », un récit d’Ivan Pozzoni pour Magazine Aléatoire.

Universitaire-historien-écrivain-poète, Ivan Pozzoni assemble mots et récits, construit mouvements et positions politiques (Kolektivne NSEA-collectif de recherche socio-ethno-anthropologique et esthétique, Néon-avant-garde), s’invente des vies… tout en démesure. C’est fou.

Traduit de l’italien par Pierre Lamarque.

En savoir plus : kolektivnenseae.wordpress.com

Lire aussi : La maladie invective — L’anti-promesse d’aimer — Hôtel Acapulco — Fou à re-lier

Texte : Ivan Pozzoni — Image : Ruth McEnery Stuart and Albert Bigelow Paine, Gobolinks, or Shadow Pictures for Young and Old. The Century Co., 1896.
08/2026

Et ailleurs…

Tintin et Milou. Rolino Gaspari

Tintin et Milou. Rolino Gaspari

Pêcheur de mots. Bruno Guittard

Pêcheur de mots. Bruno Guittard

d = 1/2g x t2. Pat Mills

d = 1/2g x t2. Pat Mills

Chambrette. Zoé Viala

Chambrette. Zoé Viala

Les dérives. Pascal Navarro

Les dérives. Pascal Navarro

Un manoir dans la nuit. Zoé Viala

Un manoir dans la nuit. Zoé Viala

La photographie en couleur. Bruno Guittard

La photographie en couleur. Bruno Guittard

Lichen tou mi. Ana Tot

Lichen tou mi. Ana Tot

No results found.