Court toujours
Les Pleureuses
À nos pieds, un tas de pelures. Sur le chemin parcouru, je les aperçois comme ayant débordé de mes poches.
Elles suivent la cohorte d’émotions, matérialisant les larmes qui se refusent à nos visages. Figures ancestrales et intemporelles, où sont passées les Pleureuses ?
Au creux de mes poings serrés, un bulbe, un oignon.
La première peau s’est déjà envolée, si légère ; pourtant, le tourment est plus profond. Dans ma main, l’effeuillage continue. Dans une vaine tentative, je pose mon autre main sur le liliacée. Trop tard, les premières effluves commencent à se répandre. Ça monte d’un coup s’attaquant au deux prunelles qui regardaient la triste scène. Je lâche prise.
Le précieux légume disparaît, et les yeux me piquent : il n’y a plus rien à retenir.
Il pleut, d’autres oignons poussent quelque part.
Ernest Thinon regarde ailleurs. À ses pieds une immensité. Un monde de petits détails de nos vies, prêts à être. Il faudra les recueillir, les soulever, les dépoussiérer et les transmettre à d’autres mondes. Sur les épaules la nature et l’enfance, dans sa main un diplôme en art, tout frais.
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Texte : Ernest Thinon — Image : Diane Tham Vo.
10/2025







